Communiqué de Presse de l'ESA
Nº 26-97 - Paris, le 12 août 1997   [ English Version | Deutsche version ]

Découverte de molécules de fluorure dans l'espace interstellaire

Une équipe d'astronomes américains et allemands a découvert des traces de fluorure d'hydrogène gazeux dans le quasi vide du milieu interstellaire, à l'aide de l'Observatoire spatial dans l'infrarouge, ISO, de l'Agence spatiale européenne, lancé en novembre 1995.

Bien que l'on ait détecté une centaine de molécules différentes dans le milieu interstellaire au cours des 30 dernières années, c'est la première fois que l'on observe une molécule contenant du fluor dans un nuage de gaz interstellaire. Cette découverte de fluorure d'hydrogène fait l'objet d'un article à paraître dans Astrophysical Journal Letters.

Les astronomes recherchaient des molécules de fluorure d'hydrogène dans un immense nuage de gaz interstellaire situé près du centre de la Voie Lactée. Ces nouvelles observations ont été conduites en mars à l'aide du spectromètre ondes longues, l'un des quatre instruments embarqués sur ISO. Les astronomes ont décelé la signature de traces de fluorure d'hydrogène gazeux sous la forme de sa raie d'absorption dans le domaine infrarouge du spectre électromagnétique.

"L'atmosphère de la Terre étant totalement opaque dans l'infrarouge lointain, les observations réalisées ne sont possibles que dans l'espace", déclare le Professeur David Neufeld, du Département de physique et d'astronomie de l'Université Johns Hopkins, à Baltimore, qui dirige l'équipe ayant annoncé la découverte. "Le satellite ISO a ouvert une nouvelle et formidable fenêtre sur l'Univers, nous permettant de conduire des observations dans les longueurs d'ondes de l'infrarouge lointain." La longueur d'onde caractéristique dans laquelle les molécules de fluorure d'hydrogène absorbent le rayonnement se trouve à environ un huitième de millimètre, ce qui est nettement supérieur à la longueur d'onde de la lumière visible mais bien inférieur aux longueurs d'ondes habituellement utilisées pour les communications radio et TV.

Sous forme liquide concentrée, le fluorure d'hydrogène - ou acide fluorhydrique lorsqu'il est dissous dans l'eau - est bien connu des chimistes de laboratoire car il s'agit d'un acide corrosif très dangereux, qui attaque le verre et provoque des brûlures graves au contact de la peau. Le nuage de gaz dans lequel des molécules de fluorure d'hydrogène ont été découvertes se situe à environ 20 000 années lumières de la Terre, dans la constellation australe du Sagittaire. Connu des astronomes sont le nom de Sagittarius B2, ce nuage de gaz se compose essentiellement de molécules d'hydrogène. Comme d'autres nuages de gaz interstellaire, Sagittarius B2 baigne dans un milieu caractérisé par des conditions extrêmes par rapport aux normes terrestres, avec des températures inférieures à -220°C et des pressions plus de cent millions de millions de fois inférieures à celles de la pression atmosphérique sur Terre. Et bien que le fluorure d'hydrogène soit moins d'un milliard de fois moins abondant que l'hydrogène, il a pu être détecté grâce à la sensibilité des spectromètres d'ISO.

"Cette découverte nous offre la possibilité d'étudier la chimie des molécules de fluorure dans l'environnement glacial qui caractérise le quasi vide de l'espace interstellaire" selon Neufeld. "Nous nous demandons notamment comment ces molécules se sont formées. Nos analyses nous portent à croire que le fluorure d'hydrogène détecté est le fruit de réactions chimiques directes entre atomes de fluor et molécules d'hydrogène. Contrairement à la plupart des atomes, les atomes de fluor sont très réactifs et attaquent les molécules d'hydrogène relativement inertes, principal composant du gaz interstellaire. C'est ainsi qu'apparaît le fluorure d'hydrogène."

L'équipe responsable de la découverte de fluorure d'hydrogène se compose du Professeur Neufeld, des Professeurs Jonas Zmuidzinas et Thomas Phillips du California Institute of Technology, et du Dc Peter Schilke de l'Institut Max-Planck de radioastronomie de Bonn (Allemagne). MM. Neufeld, Zmuidzinas et Phillips, qui ont utilisé ISO au titre de chercheurs invités, ont reçu un soutien de la NASA.

L'Observatoire spatial dans l'infrarouge, construit et lancé par l'ESA, est équipé d'instruments fournis par des chercheurs principaux de France, d'Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. ISO est exploité par l'ESA avec l'aide de la NASA.

Le spectromètre ondes longues a été construit par un consortium de chercheurs et d'ingénieurs du Canada, de France, d'Italie, du Royaume-Uni et des Etats-Unis, dirigé par le Professeur Peter Clegg, du Queen Mary and Westfield College, Université de Londres.

Pour toute information supplémentaire, veuillez contacter :

Pr David Neufeld - Téléphone : +1.410.516.8582 - Adresse électronique : neufeld@pha.jhu.edu (Johns Hopkins University)

Dr Peter Schilke - Téléphone : +49.228.525.380 - Adresse électronique : schilke@mpifr-bonn.mpg.de (Institut Max-Planck de radioastronomie de Bonn)

Pr Peter. E. Clegg - Téléphone : +44 (0)171 975 5038 - Télécopie : +44 (0) 181 980 0986 - Adresse électronique : p.e.clegg@qmw.ac.uk (Université de Londres)